enProposer un projet

De l’évidence à un impact durable : le FID et ses
partenaires à la Conférence de recherche SOR4D à Berne

Article de FID


11 septembre 2026


Comment la recherche peut-elle contribuer à transformer des innovations prometteuses en améliorations durables des politiques publiques ? Cette question était au cœur de la conférence de recherche SOR4D 2026, organisée à Berne, où le Fonds pour l’innovation dans le développement (FID) a rejoint des chercheurs.euses, des décideurs publics et des praticien.ne.s du monde entier pour échanger sur la manière dont les résultats de la recherche peuvent contribuer au changement à grande échelle.

Organisée par SOR4D – Solution-oriented Research for Development, une initiative conjointe du Fonds national suisse et de la Direction du développement et de la coopération (DDC), nouveau partenaire stratégique du FID, la conférence a réuni des perspectives diverses sur la manière dont la recherche peut contribuer à relever des défis complexes du développement.

Le FID et ses partenaires ont participé à deux sessions, consacrées à des secteurs très différents – l’éducation et les finances publiques locales – mais partageant une même préoccupation : que faut-il pour qu’une innovation qui a fait ses preuves puisse générer un impact durable à grande échelle ?

De l’évidence à l’adoption et au passage à l’échelle dans l’éducation

La première table-ronde, organisée par le FID et modérée par Manuela Bärtschi de l’Agence Suisse pour le Développement et la Coopération, a porté sur la voie menant des résultats de la recherche à l’adoption par les pouvoirs publics, au passage à l’échelle et, in fine, à un impact fort et durable dans le domaine de l’éducation. L’expérience de Kilonga, un programme soutenu par le FID et mis en œuvre par CARE à Madagascar pour l’accès à la santé et à l’hygiène menstruelle, a montré comment des résultats d’impact rigoureux peuvent constituer une base solide pour le dialogue avec les pouvoirs publics. Mariachiara Iannuzzi, chercheuse à la Paris School of Economics, a souligné que « disposer de données probantes solides est nécessaire », tout en mettant en avant l’importance de la confiance, d’une compréhension partagée des résultats et de relations institutionnelles solides pour transformer les résultats de la recherche en politiques publiques.

Les échanges ont également souligné l’importance de poursuivre l’apprentissage au fur et à mesure du passage à l’échelle d’une intervention. STARS au Rwanda, présenté par Leodomir Mfura de la Georgetown University’s Initiative on Innovation, Development, and Evaluation (gui²de), en fournit un exemple concret. À la suite d’une première évaluation d’impact, le programme a été progressivement ajusté grâce à une série d’expérimentations menées avec le gouvernement rwandais, avant d’être intégré aux contrats nationaux de performance des enseignants.

«  Le processus d’apprentissage ne doit pas s’arrêter lorsque le passage à l’échelle commence.  »

Leodomir Mfura, gui²de (STARS)

L’expérience de STARS montre ainsi que l’appropriation par les pouvoirs publics, les expérimentations successives et une forte coordination institutionnelle peuvent aller de pair. Pour Patrick Premand, de la Banque mondiale, cela suppose de s’éloigner d’un modèle dans lequel les chercheurs.euses produisent les résultats de la recherche et où les décideurs publics en prennent connaissance a posteriori. « Nous devons nous éloigner d’un modèle dans lequel nous séparons la production de données probantes par les chercheurs du processus de décision des pouvoirs publics », a-t-il expliqué. Chercheurs.euses et décideurs publics devraient au contraire identifier ensemble les questions qui comptent et produire les connaissances nécessaires au fur et à mesure de la mise en œuvre des programmes.

Dans une perspective similaire, Anne Thibault du FID a souligné que le FID encourageait les porteurs de projets à prendre en compte le potentiel de passage à l’échelle dès le départ. Il s’agit d’un de ses trois critères de sélection, aux côtés de l’impact potentiel et de la rentabilité.

« Cinq ans après son lancement, 21 des 119 innovations soutenues par le FID sont aujourd’hui engagées sur une trajectoire de passage à l’échelle ou ont déjà été déployées à grande échelle, bénéficiant à 9,6 millions de personnes. »

Anne Thibault, FID

Au-delà de la technologie : qu’est-ce qui permet à une innovation du secteur public de changer d’échelle ?

La deuxième contribution du FID, menée avec la Local Government Revenue Initiative (LoGRI), portait sur un défi très différent : la mobilisation des recettes de fiscalité foncière grâce à des outils numériques. Camille Barras (LoGRI) a présenté les premiers résultats d’une étude comparative en cours, soutenue par le FID, consacrée au passage à l’échelle de systèmes géoréférencés d’enregistrement et d’évaluation des propriétés en Gambie, au Sénégal, en Sierra Leone, en République démocratique du Congo et au Bénin. L’approche combine l’imagerie satellitaire ou aérienne, des enquêtes de terrain numériques courtes et une méthode simplifiée d’estimation des propriétés. À Freetown, par exemple, un registre complet de la fiscalité foncière a été constitué en moins d’un an et les recettes de cette fiscalité ont ensuite triplé. Dans la région de Dakar, un projet soutenu par le FID a fait passer le taux d’enregistrement des propriétés de 19 % à 92 %, tandis que le taux de paiement des impôts est passé de 9 % à 24 %.

Mais l’étude va au-delà de l’efficacité de la technologie elle-même, en cherchant à comprendre pourquoi des innovations similaires réussissent à changer d’échelle dans certains contextes alors que les progrès sont plus lents dans d’autres. Les premiers résultats en Gambie et au Sénégal soulignent l’importance des arrangements institutionnels, du leadership politique, des incitations et d’une collaboration durable avec les administrations publiques. La collaboration entre le FID et LoGRI vise précisément à combiner les résultats d’évaluations d’impact rigoureuses avec une analyse d’économie politique et une expertise sectorielle, afin de mieux comprendre ces conditions. C’était également le message clé de Mélodie Beaujeu :

«  Pour qu’une innovation puisse changer d’échelle, il faut plus qu’une solution qui fonctionne. Il faut également les bonnes institutions, les bonnes incitations et un soutien politique. »

Mélodie Beaujeu, FID

Quelques premiers enseignements communs

Un même enseignement s’est dégagé des deux discussions : démontrer qu’une innovation fonctionne, bien qu’étant une étape indispensable, n’est que le début du parcours. Qu’il s’agisse d’améliorer les résultats scolaires ou de renforcer les recettes des collectivités locales, un passage à l’échelle réussi dépend de bien plus que de l’innovation elle-même. Il nécessite des partenariats avec les institutions publiques, des incitations adaptées, une appropriation politique, des financements durables et la poursuite de l’apprentissage à mesure que les programmes sont déployés dans de nouveaux contextes et auprès de populations plus larges.

Pour le FID, cet enjeu est au cœur de sa mission : soutenir des innovations prometteuses, produire des résultats rigoureux sur leur impact et comprendre les conditions nécessaires pour transformer ces résultats en politiques publiques plus efficaces et durables. Comme l’a résumé Mélodie Beaujeu lors de la discussion : « L’évaluation d’impact nous dit ce qui fonctionne ; cette étude conduite par LOGRI nous aide à comprendre ce qui permet de changer d’échelle. »

La SOR4D Research Conference a ainsi été l’occasion de mettre ces questions en dialogue avec une communauté plus large de chercheurs.euses provenant de diverses disciplines et des responsables d’organisations du développement.

Article de FID

11 septembre 2026

Depuis 2021, le FID a permis la réalisation de 116 projets innovants. Vous aussi proposez votre projet au FID !

Proposez votre projet

Actu

Découvrez les dernières actualités du FID

Lire l'actu du FID