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Préparer la réinsertion des personnes détenues dans les prisons du Cambodge

Article de L'équipe du FID


28 juillet 2026


Projets financés par le FID

Cambodge

Personnes groupées dans une bibliothèquePersonnes groupées dans une bibliothèque

Comment préparer les personnes détenues à leur retour dans la société ? Au Cambodge, l'ONG Sipar, en partenariat avec la Direction Générale des Prisons, le Ministère de l'Éducation et le Cambodia Development Resource Institute,et avec le financement du FID, a proposé entre 2023 et 2025 des parcours de formation en transformant les bibliothèques existantes en Centre Educatifs Multimédias.

Au Cambodge, plus de la moitié des détenu.es n'ont pas dépassé le niveau primaire. Leur réinsertion à la sortie de prison est également très difficile. Pour répondre à cet enjeu, l’ONG Sipar a développé des parcours de formation, testés dans 7 centres de détention. Au total, plus de 700 détenu.es dont 112 femmes ont bénéficié de ces formations.

Ces modules sont encadrés par un dispositif de tutorat interne mobilisant des détenu.es et des agent.es pénitentiaires volontaires. Les premiers enseignements du projet montrent que ce tutorat a constitué un levier humain aussi déterminant que les outils numériques.

Ouvrir des perspectives pour un nouveau départ

Parmi elles, Radyna , 35 ans, qui est détenue au Centre Correctionnel pour femmes CC2 depuis 2017. Ancienne gérante d’une agence immobilière, elle est aujourd'hui responsable de la bibliothèque de l'établissement. Depuis le lancement du programme de rattrapage scolaire BEEP en décembre 2024, elle exerce également le rôle de tutrice auprès des jeunes femmes inscrites. « Mon rôle n’est pas d’enseigner, mais d’accompagner, soutenir, encourager et expliquer », explique-t-elle. Rapidement, les participantes l’ont adoptée comme une véritable référente.

Pour cette mère de deux enfants, aujourd’hui adolescents, qu’elle n’a pu voir qu’une seule fois depuis son incarcération, cette mission revêt une dimension profondément personnelle : « Aider ces jeunes femmes dans leurs études compense en partie le fait que je ne puisse pas accompagner mes propres enfants. ». Elle rappelle régulièrement aux participantes que la valeur de leur parcours ne réside pas seulement dans l’obtention d’un certificat, mais dans toutes les connaissances acquises tout au long de leur parcours.

Grande lectrice, elle souhaite désormais approfondir ses compétences, notamment dans les nouveaux programmes du secondaire qui intègrent les compétences numériques. Son ambition est de pouvoir accompagner les détenues qui souhaiteront poursuivre leurs études au-delà du niveau 9 du programme BEEP.

« Tant que j’en aurai la possibilité, je continuerai à être tutrice pour les prochaines promotions. » Une manière pour elle de transmettre son expérience, d’encourager et d’ouvrir des perspectives à celles qui, comme elle, souhaitent préparer un nouveau départ.

Les agent·es pénitentiaires associé·es au dispositif

Le programme intègre également des agent·es pénitentiaires volontaires, contribuant à faire évoluer les pratiques au sein des établissements. « Accompagner les détenues dans la préparation de leur avenir est devenu une mission qui me tient particulièrement à cœur » explique Sor Chanserei qui travaille au Centre correctionnel 2 depuis 2018. Alors formatrice en alphabétisation au sein du Centre Multimédia, l’agente a suivi une formation en ligne dans le cadre du programme pour découvrir le métier de conseillère d’éducation. « Cette formation était particulièrement enrichissante. J’y ai rencontré des participants issus d’horizons très variés : étudiants, personnels de centres de formation professionnelle ou encore représentants d’ONG. ».

A l’issue de cette formation Sor assure à temps partiel des entretiens individuels avec les détenues qui approchent de leur libération « Mon rôle est de les écouter, de les aider à identifier leurs compétences, leurs projets et les opportunités qui pourraient leur permettre de se réinsérer dans de bonnes conditions. Chaque situation est différente et j’essaie de proposer les solutions les plus adaptées à chacune. »

Une approche prometteuse conjuguant suivi individualisé des apprentant.e.s et appropriation institutionnelle pour créer de nouvelles dynamiques d’insertion durables et efficaces Le suivi individualisé des apprenants, conçu avec l'appui du CDRI, a permis de mesurer les évolutions sur les plans éducatif, socioéconomique et psychosocial.

Ainsi, dans les prisons ayant participé à cette phase pilote, les premières données de suivi-évaluation indiquent une amélioration des compétences de base, et un engagement plus important dans les parcours de formation avec 68% des détenus ayant suivi les modules de préparation à la réinsertion. Les données indiquent aussi une amélioration du sentiment d'énergie (+6 points) et de l'humeur (+12 points) entre le début et la fin du parcours, selon l’index WHO-5 de bien-être.

L’implication institutionnelle s’est révélée essentielle pour assurer la continuité du projet. En associant dès le départ les ministères et les directions des prisons, le projet a pu s’inscrire durablement dans les structures existantes. Dans cette logique, l’équipe souhaite progressivement intégrer son financement au budget de la Direction Générale des Prisons, afin de consolider les résultats obtenus et de garantir une prise en charge institutionnelle à long terme.

Article de L'équipe du FID

28 juillet 2026

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