enProposer un projet

Contribuer à la réinsertion socioprofessionnelle des personnes en détention grâce à des services éducatifs multimédias performants 

Projet terminé
  • Cambodge
  • Éducation
  • Juil. 2023 à Déc. 2025

L'ONG Sipar, en partenariat avec la Direction Générale des Prisons, le Ministère de l'Éducation et l'Agence Nationale pour l'Emploi, a piloté le développement de nouveaux services éducatifs dans sept prisons du Cambodge, en transformant les bibliothèques existantes en Centres Éducatifs Multimédias (CEM). Inscrit dans la continuité du réseau national de bibliothèques pénitentiaires initié depuis 2012, ce projet a permis aux détenus d'accéder à des formations certifiantes et à des modules de préparation à la réinsertion socioprofessionnelle.

Projet porté par :

Contexte

En janvier 2026, les 28 prisons du Cambodge accueillent plus de 61 000 détenus, dont 3 970 femmes, contre 15 000 il y a dix ans (données de la Direction Générale des Prisons). Le taux de surpopulation carcérale atteint 400 %, le deuxième plus élevé au monde après la République Démocratique du Congo (LICADHO, 2025). Plus de 50 % des délits sont directement liés à la drogue, dans le contexte d'une campagne nationale de lutte contre le trafic de stupéfiants engagée depuis 2017 (IDPC, 2024).

Le profil des personnes incarcérées rend l'enjeu éducatif particulièrement important : la population carcérale est majoritairement jeune et issue de milieux socioéconomiques défavorisés, et plus de la moitié des détenus n'ont pas dépassé le niveau primaire (données de la Direction Générale des Prisons). La détention d'un membre de la famille affecte par ailleurs directement environ 275 000 personnes, aggravant la situation de ménages déjà fragilisés.

Si le Cambodge a adopté en 2011 une loi pénitentiaire visant à transformer une approche purement punitive en période de réhabilitation, et si les Règles Nelson Mandela de l'ONU (2015) font de l'accès à l'éducation en détention une obligation, aucun programme national structuré n'a encore été mis en œuvre. C'est à ce besoin que répond le projet : en s'appuyant sur le réseau de bibliothèques pénitentiaires développé par Sipar depuis 2012 dans les 28 prisons du pays, il franchit une étape décisive en transformant ces espaces en Centres Éducatifs Multimédias capables de délivrer des formations certifiantes reconnues par l'État.

Innovation

L'innovation centrale consiste à transformer les bibliothèques de sept prisons, à Phnom Penh, Pursat, Kampot, Kandal, Koh Kong et Prey Veng, en Centres Éducatifs Multimédias, en y installant un laboratoire numérique de huit ordinateurs connectés à un serveur hors ligne permettant à chaque détenu d'accéder à des contenus interactifs via un compte personnel, sans connexion internet.

La conception du modèle pédagogique s'est appuyée sur une enquête menée auprès de 908 détenus dans les sept prisons pilotes, avec l'appui méthodologique du Cambodian Development Resource Institute (CDRI). Elle repose sur deux principes clés :

  • une individualisation du parcours, adapté à la durée de détention, au niveau scolaire et aux aspirations professionnelles de chaque apprenant ;
  • une modularisation des contenus, découpés en sessions courtes combinant vidéos, tests interactifs, supports imprimés et travaux de groupe, une flexibilité indispensable face à la forte rotation des populations carcérales.

Quatre blocs pédagogiques ont été structurés et dispensés à partir d'une enquête menée auprès de 908 détenus dans les sept prisons pilotes :

  • un programme d'équivalence du premier cycle du secondaire (BEEP), intégré sur Moodle en partenariat avec l'UNESCO et le Ministère de l’Education, de la Jeunesse et des Sports du Cambodge (MEJS), permettant aux détenus de passer un examen officiel reconnu ;
  • des modules d'anglais langue étrangère (niveaux débutant, A1 et A2), certifiés par l'Université Paññāsāstra ;
  • une initiation aux compétences numériques de base ;
  • huit modules de préparation à la réinsertion (connaissance de soi, gestion des émotions, finances personnelles, recherche d'emploi, création de micro-entreprise, migration en sécurité…), en séances collectives et en autoapprentissage.

L'encadrement est assuré par un dispositif de tutorat interne : dix agents pénitentiaires formés et sept détenus volontaires accompagnent les apprenants au quotidien. Le financement du FID a permis l'achat et l'installation des équipements numériques et audiovisuels, ainsi que la formation des agents pénitentiaires et des intervenants extérieurs chargés de l'encadrement.

Résultats et apprentissages

À la fin du mois de décembre 2025, 713 détenus, dont 112 femmes (15 %), ont bénéficié des programmes des CEM dans les sept établissements pilotes. Parmi eux :

  • 486 détenus (68 %) ont suivi les modules de préparation à la réinsertion, avec une progression moyenne de 30 points entre le pré-test et le post-test. La plus forte amélioration concerne la création et la gestion d'une micro-entreprise, priorité professionnelle déclarée par 47 % des bénéficiaires.
  • Le suivi individualisé des apprenants, conçu avec l'appui du CDRI, a permis de mesurer les évolutions sur les plans éducatif, socioéconomique et psychosocial. L'index WHO-5 de bien-être, développé par l’OMS, révèle ainsi une amélioration du sentiment d'énergie (+6 points) et de l'humeur (+12 points) entre le début et la fin du parcours.

Trois enseignements majeurs ressortent de cette phase pilote :

  • L'appropriation institutionnelle s'est révélée être la condition première de durabilité : sans l'ancrage dans les ministères et les directions de prison dès la phase préparatoire, l'innovation technologique n'aurait pas été viable.
  • La certification officielle, adossée aux dispositifs nationaux existants, a significativement renforcé la motivation des détenus.
  • Le tutorat interne, assuré par des agents pénitentiaires formés et des détenus volontaires, a constitué un levier humain aussi déterminant que les outils numériques. La forte mobilité des détenus reste le principal défi structurel : sur les 33 inscrits au module d'anglais, 23 ont suivi l'intégralité des enseignements mais ont été libérés avant de passer l'examen final. Ce constat a conduit l'équipe à renforcer l'organisation en cohortes courtes et modulaires.

Fort de ces résultats, l'équipe-projet vise l'extension du modèle à sept nouveaux établissements, assortie d'une refonte des outils de suivi-évaluation, simplifiés et digitalisés via tablettes et l'outil KoboToolbox, et d'une intégration progressive du financement dans le budget de la Direction Générale des Prisons.

    Association Sipar

    Association Sipar

    Sipar est une ONG française créée en 1982 pour l’accueil des réfugiés en France. Aujourd’hui, Sipar est engagé auprès des populations les plus défavorisées du Cambodge. Centrée sur le développement de la lecture, de l’éducation par l’accès aux livres et la lutte contre l’illettrisme, l’association opère dans les 25 régions du Cambodge avec un seul objectif : faire du livre un levier d’éducation, le porter et le rendre accessible aux populations les plus démunies.

      Projets

      Les projets financés par le FID

      Découvrir tous les projets