enProposer un projet

Des séances de groupe autour de la gestion du stress avec des non professionnels pour améliorer la santé mentale en Inde

Projet terminé
  • Inde
  • Santé
  • Juin 2024 à Déc. 2025

DAI Advisory and Research Services, en partenariat avec l’ONG Grameena Abyudaya Seva Samsthe, a mis en œuvre le programme Self Help Plus en Inde. Cette intervention, conçue par l’Organisation mondiale de la santé, propose un soutien en santé mentale à des femmes souffrant de détresse psychologique légère à modérée. Le projet a ciblé 1 050 femmes dans la région de Doddaballapura, près de Bangalore, et a permis de tirer de premiers enseignements sur la faisabilité et les effets de cette approche.

Projet porté par :

Scène de rue en IndeScène de rue en Inde

Le contexte

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la prévalence de la dépression chez les adultes dans le monde est d’environ 5%. Dans les pays à revenu faible et intermédiaire, les personnes souffrant de dépression font face à des barrières supplémentaires pour accéder aux soins, et plus de 75% d’entre elles ne reçoivent aucun traitement. Ces barrières communes aux pays à revenu faible et intermédiaire comprennent :

  • Un nombre limité de professionnels de santé qualifiés. En Inde, il y a seulement 0,3 psychiatres pour 100 000 habitants, contre 16,6 aux Etats-Unis.
  • Une forte stigmatisation à l’égard des maladies mentales. Cela dissuade les personnes de rechercher des soins adaptés.
  • Un manque de sensibilisation. Les personnes dans les pays à revenu faible et intermédiaire ont peu de connaissances sur le sujet et ne sont pas toujours en mesure de reconnaitre les premiers symptômes de dépression.

Les chercheurs impliqués dans ce programme ont mené une étude préliminaire pour identifier les besoins en santé mentale dans le district où le projet est déployé. Ils ont découvert qu’entre 10% et 24% des adultes souffraient d’une forme de dépression (Angelucci et Bennett, 2023). De plus, ils soulignent que la dépression a des répercussions économiques contribuant à perpétuer la pauvreté des individus telle qu’une adaptation plus lente aux nouvelles technologies, un absentéisme professionnel accru, un investissement moindre dans la progéniture et une capacité réduite à faire face à des chocs économiques.

L'innovation

Self Help Plus (SH+) est une intervention de groupe destinée aux personnes confrontées à des formes courantes de détresse psychologique, comme la dépression, l’anxiété ou le stress. Le programme repose sur 5 séances hebdomadaires de 2 heures chacune — soit 10 heures d'intervention au total sur 5 semaines — animées par des agents non professionnels formés par des spécialistes de la santé mentale, permettant de répondre au manque de professionnels qualifiés et d'offrir un soutien accessible.

Ce modèle de thérapie a déjà été testé dans d’autres pays d’Afrique et d’Europe auprès de publics variés, notamment des demandeurs d’asile, des réfugiés et des professionnels de santé, mais les résultats restent contrastés. Certaines recherches mettent en évidence des effets positifs sur la santé mentale six mois après l’intervention (Acartürk et al., 2022 ; Turrini et al., 2022), tandis qu’une autre étude souligne des effets immédiats qui tendent à diminuer après six mois.

Le projet a permis d’adapter l’intervention au contexte rural indien, grâce à la traduction des supports, à l’utilisation d’exemples du quotidien des participantes et à des méthodes interactives comme les jeux de rôle et les exercices pratiques. L’approche collective joue également un rôle important en créant un espace de confiance et en favorisant l’échange et l’entraide entre participant.e.s.

Résultats et apprentissages

À l’issue du projet, l’intervention Self Help Plus a été déployée auprès de 1 050 femmes dans cinq cohortes rurales, avec une forte adhésion : 92,5% des participantes ont assisté à au moins une séance, et 80% à trois séances ou plus. Ces proportions témoignent d'une forte acceptabilité sociale de l'intervention. Bien que le projet n'ait pas vocation à constituer une évaluation d'impact définitive, les résultats des enquêtes finales font apparaître des effets encourageants sur la santé mentale et les comportements économiques des participantes.

Ils montrent en particulier que :

  • L'intervention a permis de réduire la détresse psychologique globale d'environ 0,19 écart-type, avec des améliorations notables du bien-être ressenti, une réduction de l'anxiété et des symptômes dépressifs. Ces effets sont comparables à ceux d'interventions thérapeutiques cognitivo-comportementales bien plus intensives.
  • L'intervention a substantiellement amélioré la connaissance des participantes sur comment et où chercher de l'aide en santé mentale (environ 0,2 écart-type). En revanche, elle n'a pas modifié de façon significative la stigmatisation ni les obstacles structurels à l'accès aux soins (éloignement géographique, manque de professionnels qualifiés, contraintes de temps).
  • La réduction de la détresse psychologique semble avoir agi sur un mécanisme comportemental précis : une plus grande réactivité aux incitations monétaires. Cela se reflète dans une propension à investir supérieure de 6,5 à 7,5 points de pourcentage à celle du groupe n’ayant pas bénéficié de l’intervention.
  • Les participantes ne sont pas devenues moins averses au risque, mais se sont montrées plus attentives et réceptives aux opportunités économiques qui s'offraient à elles — suggérant que la détresse psychologique freine avant tout la capacité à saisir ces opportunités.

L'équipe a fait face à plusieurs défis opérationnels, comme par exemple :

  • Des problèmes de transport pour accéder aux villages les plus reculés, un accès limité à des professionnels de santé mentale pour superviser les facilitateurs.
  • Des difficultés pour les participantes à concilier leur participation aux sessions et leurs responsabilités domestiques, une réticence initiale à parler de santé mentale en groupe, et un accès limité à des professionnels de santé mentale pour superviser les facilitateurs.

En réponse à ces défis, l’équipe projet a su adapter le programme en temps réel : sessions reprogrammées le matin ou le dimanche, mise en place de références vers des psychiatres locaux pour les cas les plus sévères. Le format de groupe s'est révélé décisif : les participantes ont progressivement trouvé dans ces sessions un espace de confiance pour parler de leurs difficultés, souvent pour la première fois. La présence de facilitateurs issus des communautés locales, familiers des réalités et des contraintes de chaque village, s’est aussi avéré essentielle pour maintenir l'engagement des participantes sur la durée.

    Crédit photo : ©Prashanth Vishwanathan

    DAI Research & Advisory Services

    DAI Research & Advisory Services

    L’agence DAI Research & Advisory Services Pvt Lt, créée en 2020, fournit des services de recherche et d’évaluation aux institutions, agences gouvernementales et aux organisations à impact en Inde, au Népal and Bangladesh.

      Projets

      Les projets financés par le FID

      Découvrir tous les projets