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L'ONG Sipar, en partenariat avec la Direction Générale des Prisons, le ministère de l'Éducation, de la Jeunesse et des Sports développe des services éducatifs multimédias en milieu carcéral en transformant les bibliothèques des prisons en Centres Éducatifs Multimédias. Une phase pilote financée par le FID, menée dans sept prisons, a permis de tester ce modèle. Le projet entre désormais dans une nouvelle phase soutenue par le FID via la subvention Innovation et Politiques Publiques, en ajoutant l’appui du ministère des Affaires Sociales et d’Eval-Lab. Le dispositif est étendu à sept nouvelles prisons et à un centre de réhabilitation des mineurs et sa mise en œuvre est progressivement transférée aux Ministères en vue d'une institutionnalisation nationale.
Projet porté par :


En janvier 2026, les 28 prisons du Cambodge accueillent plus de 61 000 détenus, dont 3 970 femmes, contre 15 000 il y a dix ans (données de la Direction Générale des Prisons). Le taux de surpopulation carcérale atteint 400 %, le deuxième plus élevé au monde après la République Démocratique du Congo (LICADHO, 2025). Plus de 50 % des délits sont directement liés à la drogue, dans le contexte d'une campagne nationale de lutte contre le trafic de stupéfiants engagée depuis 2017 (IDPC, 2024).
Le profil des personnes incarcérées rend l'enjeu éducatif particulièrement important : la population carcérale est majoritairement jeune et issue de milieux socioéconomiques défavorisés, et plus de la moitié des détenus n'ont pas dépassé le niveau primaire (données de la Direction Générale des Prisons). La détention d'un membre de la famille affecte par ailleurs directement environ 275 000 personnes, aggravant la situation de ménages déjà fragilisés.
Si le Cambodge a adopté en 2011 une loi pénitentiaire visant à transformer une approche purement punitive en période de réhabilitation, et si les Règles Nelson Mandela de l'ONU (2015) font de l'accès à l'éducation en détention une obligation, aucun programme national structuré n'a encore été mis en œuvre.
Phase 1 (2023-2025)
L'innovation centrale consiste à transformer les bibliothèques de sept prisons, à Phnom Penh, Pursat, Kampot, Kandal, Koh Kong et Prey Veng, en Centres Éducatifs Multimédias, en y installant un laboratoire numérique de huit ordinateurs connectés à un serveur hors ligne permettant à chaque détenu d'accéder à des contenus interactifs via un compte personnel, sans connexion internet.
La conception du modèle pédagogique s'est appuyée sur une enquête menée auprès de 908 détenus, avec l'appui du Cambodian Development Resource Institute, et repose sur deux principes clés : l'individualisation du parcours selon la durée de détention, le niveau scolaire et les aspirations professionnelles de chaque apprenant, et la modularisation des contenus en sessions courtes (vidéos, tests interactifs, supports imprimés, travaux de groupe). Cette flexibilité est indispensable face à la forte rotation des populations carcérales.
Quatre blocs pédagogiques ont été structurés :
L'encadrement est assuré par un dispositif de tutorat interne : dix agents pénitentiaires formés et sept détenus volontaires accompagnent les apprenants au quotidien. Le financement du FID a permis l'achat et l'installation des équipements numériques et audiovisuels, ainsi que la formation des agents pénitentiaires et des intervenants extérieurs chargés de l'encadrement.
Phase 2 (2026-2030)
L’objectif de cette deuxième phase réside avant tout dans le modèle de transfert institutionnel : sur trois ans, la gestion opérationnelle et budgétaire des Centres Éducatifs Multimédias est progressivement transmise de Sipar à la Direction Générale des Prisons et au ministère de l’Education, de la Jeunesse et des Sports (sur la base de manuels de gestion et de termes de référence co-construits couvrant six fonctions (technique, suivi-évaluation, coordination, pédagogique, logistique, financière).
Avec l’appui du Cambodian Development Resource Institute et d'Eval-Lab, un agenda d’apprentissage est mis en place pour en apprendre plus sur les barrières à l’emploi post-libération ainsi que sur les facteurs de récidive. Une évaluation sera mise en place pour comparer les résultats d’une prison équipée d'un Centre Éducatif Multimédias et d’une prison non équipée sur les compétences, l'état d'esprit, la préparation, la confiance en soi et le plan de réinsertion de détenus. Un mécanisme pilote de suivi des détenus après leur libération est également testé, en lien avec le ministère de l'Intérieur, les autorités locales et les agences pour l'emploi afin de préparer une future évaluation d’impact sur la réinsertion et la récidive.
Enfin, de nouveaux modules seront développés, y compris 18 modules de compétences sociales qui seront intégrés au programme national de préparation à la sortie de la Direction Générale des Prisons.

À la fin du mois de décembre 2025, 713 détenus, dont 112 femmes (15 %), ont bénéficié des programmes des CEM dans les sept établissements pilotes Parmi eux :
Trois enseignements majeurs ressortent de cette phase pilote :
Le projet vise entre 5 400 et 10 800 bénéficiaires supplémentaires dans les 15 centres. À l'issue de la phase, la Direction Générale des Prisons et le ministère de l'Éducation, de la Jeunesse et des Sports doivent être en mesure de piloter et cofinancer le dispositif de manière autonome, avec une inscription du programme dans leurs plans stratégiques 2029-2034 et leurs budgets respectifs. L'évaluation et le mécanisme pilote de suivi post-libération doivent en outre poser les bases d'une évaluation d'impact sur la récidive et la réinsertion, dans la perspective d'une généralisation du modèle aux 29 prisons du pays d'ici 2034.
©Sipar
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