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L’expression artistique et théâtrale en particulier peuvent permettre d’aborder des questions sociales spécifiques. C’est par ce biais singulier que la formation développée par l’ONG indienne Mittika prévoit de questionner les policiers de l’Etat du Bihar sur les dynamiques de la violence et les systèmes de domination, et, au-delà, sur les stéréotypes de genre. Le soutien apporté par le FID permet à l’équipe du projet d’évaluer le programme de formation à la sensibilisation au genre en menant des enquêtes auprès des policiers et des victimes et d’étudier les changements de normes sociales prédominantes induits par le programme en matière de violence basée sur le genre.
Projet porté par :


L’État du Bihar, situé dans l’est de l’Inde, possède l'un des taux les plus élevés du pays en matière de violence basée sur le genre et les mesures politiques prises pour lutter contre cette réalité sont très limitées. Il en résulte un manque de confiance des femmes envers les institutions : les cas de Violences Basées sur le Genre (VBG) sont rarement enregistrés auprès des services compétents, les auteurs de violences restent impunis, et les situations perdurent. Plus de 20 000 cas de violences faites aux femmes ont été enregistrés en 2022 dans cet État (Bureau national des statistiques criminelles, 2023).
L’enquête menée au début du projet dans 12 districts du Bihar a mis en évidence des préjugés sexistes chez les agents masculins :

Pour tenter d’enrayer la courbe croissante des violences basées sur le genre, la formation développée par Mittika vise à sensibiliser des agents de police sur ces violences au moyen de techniques qui conjuguent les arts expressifs et du théâtre et des connaissances issues de la science comportementale.
Il met l'accent sur des méthodes d'apprentissage immersives et expérientielles dont l'efficacité a été démontrée dans divers contextes par de nombreuses études. Ce programme a été élaboré sur une période de deux ans, en étroite collaboration avec des hauts responsables de la police du Bihar, des experts juridiques et des professionnels du théâtre chevronnés ayant déjà travaillé aux côtés des forces de police de l'État.
Le programme comprend 35 d’heures de formation. Les sessions sont menées avec des groupes de 25-30 agents maximum. Chaque session est dirigée par deux animateurs, experts dans l'enseignement des arts expressifs.
Pour plus de détails sur les outils développés dans le cadre de l’intervention voir notre article.
Avec le soutien du FID, et du partenariat avec l'État du Bihar, une évaluation a été menée par DAI Research & Advisory Services dans 387 postes de police de 12 districts. Cette évaluation a pour objectif de tester l'impact de la formation sur les performances de la police, l'état d'esprit des agents et la manière dont ces changements peuvent se traduire par une amélioration des expériences des femmes avec l’institution.
L'équipe du projet a recueilli des données provenant de plusieurs sources :

Les résultats préliminaires des enquêtes menées en février 2026, six mois après l'intervention, montrent que les agents formés ont considérablement amélioré leurs compétences et leurs attitudes à l'égard de la violence sexiste (+ 0,1 écart-type), notamment en ce qui concerne la culpabilisation des victimes, l'empathie, la perception de la violence sexiste, l'externalisation des responsabilités de la police et la véracité des plaintes.
L'intervention a également conduit à une amélioration des compétences techniques (+0,1 écart-type), mesurées à l'aide d'un indice incluant la capacité à identifier la violence sexiste, ainsi qu'à une meilleure connaissance du droit.
Les résultats de l’ « « enquête-leurre ont révélé qu’un an après l’intervention, la victime standardisée a constaté des améliorations substantielles dans les réponses des agents aux femmes sollicitant de l’aide : les agents formés sont nettement moins susceptibles de rejeter les plaintes en les qualifiant de perte de temps (-0,07 écart-type), d’affirmer que les cas sont faux (-0,08), de blâmer la victime (-0,15 écart-type) ou de poser des questions inutiles (-0,14 écart-type). De manière plus générale, les agents de police sont plus enclins à orienter les plaignantes vers les services appropriés et à expliquer clairement les alternatives disponibles (+0,08 écart-type).
De plus, les effets sont les plus marqués chez les agents ayant des attitudes plus régressives concernant les normes de genre avant l’intervention. La persistance de ces effets un an après la formation suggère que les impacts sont durables et reflètent des changements significatifs dans la pratique professionnelle plutôt que des réponses éphémères à l’enquête.
Les résultats ont également montré des retombées positives indirectes :
Ces résultats enrichissent la littérature sur les capacités de l'État en démontrant que, contrairement aux réformes qui reposent sur un changement de la composition du personnel ou la création d'institutions parallèles, ce type d'intervention, en s’inscrivant dans la hiérarchie existante et en portant sur les compétences socio-émotionnelles, les attitudes et les normes, peut contribuer à améliorer la performance du secteur public.
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