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Le théâtre comme outils de formation et de sensibilisation aux violences basées sur le genre pour des policiers de l'Etat du Bihar

Projet terminé
  • Inde
  • Égalité femmes-hommes
  • Sept. 2022 à Déc. 2025

L’expression artistique et théâtrale en particulier peuvent permettre d’aborder des questions sociales spécifiques. C’est par ce biais singulier que la formation développée par l’ONG indienne Mittika prévoit de questionner les policiers de l’Etat du Bihar sur les dynamiques de la violence et les systèmes de domination, et, au-delà, sur les stéréotypes de genre. Le soutien apporté par le FID permet à l’équipe du projet d’évaluer le programme de formation à la sensibilisation au genre en menant des enquêtes auprès des policiers et des victimes et d’étudier les changements de normes sociales prédominantes induits par le programme en matière de violence basée sur le genre.

Projet porté par :

Le contexte

L’État du Bihar, situé dans l’est de l’Inde, possède l'un des taux les plus élevés du pays en matière de violence basée sur le genre et les mesures politiques prises pour lutter contre cette réalité sont très limitées. Il en résulte un manque de confiance des femmes envers les institutions : les cas de Violences Basées sur le Genre (VBG) sont rarement enregistrés auprès des services compétents, les auteurs de violences restent impunis, et les situations perdurent. Plus de 20 000 cas de violences faites aux femmes ont été enregistrés en 2022 dans cet État (Bureau national des statistiques criminelles, 2023).

L’enquête menée au début du projet dans 12 districts du Bihar a mis en évidence des préjugés sexistes chez les agents masculins :

  • 84 % des agents interrogés ont indiqué que lorsqu'une femme doit déposer une plainte, celle-ci est généralement jugée plus crédible si la femme est accompagnée de proches plutôt que si elle se présente seule.
  • 83 % estimaient que les incidents dangereux tels que les vols à l'arraché et les agressions sexuelles arrivent aux femmes parce qu'elles se déplacent seules.
  • 53 % estimaient que les femmes sont victimes de harcèlement et de viols parce qu'elles ne se comportent pas d'une manière socialement acceptable.
  • 46 % estimaient que la charge de la preuve incombe à la victime dans les cas de violence sexiste.

L’innovation

Pour tenter d’enrayer la courbe croissante des violences basées sur le genre, la formation développée par Mittika vise à sensibiliser des agents de police sur ces violences au moyen de techniques qui conjuguent les arts expressifs et du théâtre et des connaissances issues de la science comportementale.

Il met l'accent sur des méthodes d'apprentissage immersives et expérientielles dont l'efficacité a été démontrée dans divers contextes par de nombreuses études. Ce programme a été élaboré sur une période de deux ans, en étroite collaboration avec des hauts responsables de la police du Bihar, des experts juridiques et des professionnels du théâtre chevronnés ayant déjà travaillé aux côtés des forces de police de l'État.

Le programme comprend 35 d’heures de formation. Les sessions sont menées avec des groupes de 25-30 agents maximum. Chaque session est dirigée par deux animateurs, experts dans l'enseignement des arts expressifs.

Pour plus de détails sur les outils développés dans le cadre de l’intervention voir notre article.

Avec le soutien du FID, et du partenariat avec l'État du Bihar, une évaluation a été menée par DAI Research & Advisory Services dans 387 postes de police de 12 districts. Cette évaluation a pour objectif de tester l'impact de la formation sur les performances de la police, l'état d'esprit des agents et la manière dont ces changements peuvent se traduire par une amélioration des expériences des femmes avec l’institution.

L'équipe du projet a recueilli des données provenant de plusieurs sources :

  • Une enquête menée auprès des agents de police au début et à la fin du projet afin d'évaluer la tendance à rejeter la responsabilité sur les victimes, la perception de la véracité des signalements de violences sexistes, l'acceptation des questions de genre et des violences sexistes, l'empathie, ainsi que les connaissances techniques et juridiques des agents en matière de violences sexistes.
  • Une enquête menée à l'issue de la formation de trois jours afin d'évaluer les réactions immédiates des participants à la formation.
  • L'enquête menée auprès des femmes agents de police afin de vérifier l'hypothèse selon laquelle l'intervention entraîne un changement dans les comportements et les attitudes des agents masculins formés envers les femmes sur leur lieu de travail.
  • L'équipe de recherche a également mené un exercice de « victime leurre » inspiré d'études antérieures (Das et al., 2016 ; Banerjee et al., 2017) dans 185 des 419 commissariats : dans cette approche, le personnel formé se faisait passer pour des victimes en utilisant un scénario standardisé lors de ses interactions avec la police. Cette approche permet de mesurer l'impact de la formation sur les pratiques et les interactions de la police dans des situations réelles.

Résultats et apprentissages

Les résultats préliminaires des enquêtes menées en février 2026, six mois après l'intervention, montrent que les agents formés ont considérablement amélioré leurs compétences et leurs attitudes à l'égard de la violence sexiste (+ 0,1 écart-type), notamment en ce qui concerne la culpabilisation des victimes, l'empathie, la perception de la violence sexiste, l'externalisation des responsabilités de la police et la véracité des plaintes.

L'intervention a également conduit à une amélioration des compétences techniques (+0,1 écart-type), mesurées à l'aide d'un indice incluant la capacité à identifier la violence sexiste, ainsi qu'à une meilleure connaissance du droit.

Les résultats de l’ « « enquête-leurre ont révélé qu’un an après l’intervention, la victime standardisée a constaté des améliorations substantielles dans les réponses des agents aux femmes sollicitant de l’aide : les agents formés sont nettement moins susceptibles de rejeter les plaintes en les qualifiant de perte de temps (-0,07 écart-type), d’affirmer que les cas sont faux (-0,08), de blâmer la victime (-0,15 écart-type) ou de poser des questions inutiles (-0,14 écart-type). De manière plus générale, les agents de police sont plus enclins à orienter les plaignantes vers les services appropriés et à expliquer clairement les alternatives disponibles (+0,08 écart-type).
De plus, les effets sont les plus marqués chez les agents ayant des attitudes plus régressives concernant les normes de genre avant l’intervention. La persistance de ces effets un an après la formation suggère que les impacts sont durables et reflètent des changements significatifs dans la pratique professionnelle plutôt que des réponses éphémères à l’enquête.

Les résultats ont également montré des retombées positives indirectes :

  • Sur les agents non formés, car même lorsque les agents formés changent de poste, les attitudes individuelles à l'égard de la violence sexiste continuent de s'améliorer grâce aux retombées positives sur les agents non formés.
  • Sur les femmes agents dans les commissariats où les formations ont eu lieu : elles font état de niveaux nettement plus faibles de harcèlement au travail (-0,06) et d’anxiété (-0,39) et, de manière générale, d’une perception plus positive de leurs collègues masculins (+0,18) et d’un environnement de travail amélioré.

Ces résultats enrichissent la littérature sur les capacités de l'État en démontrant que, contrairement aux réformes qui reposent sur un changement de la composition du personnel ou la création d'institutions parallèles, ce type d'intervention, en s’inscrivant dans la hiérarchie existante et en portant sur les compétences socio-émotionnelles, les attitudes et les normes, peut contribuer à améliorer la performance du secteur public.

    Equipe de recherche

    • Nishith Prakash est Professeur de politique publique et d'économie à l'Université Northeastern. Il est titulaire d'un doctorat en économie de l'Université de Houston et a effectué un post-doctorat à l'Université Cornell. Il est Research Fellow à l'IZA, au CESifo et à Innovations for Poverty Action, et est rédacteur associé du Journal of Development Economics.
    • Sofia Amaral est économiste au Gender Innovation Lab pour l'Asie du Sud à la Banque mondiale. Elle est Research Affiliate au CESifo et Research Fellow à l'IZA. Ses recherches portent sur les violences faites aux femmes et aux enfants, le genre et l'économie du crime.
    • Maria Micaela Sviatschi est Professeure associée d'économie et d'affaires publiques à l'Université de Princeton. Elle est affiliée au NBER, au CESifo et à BREAD. Ses recherches couvrent deux axes principaux : l'entrée des enfants dans des carrières criminelles liées au trafic de drogue et aux gangs, et le rôle des forces de l'ordre et des normes sociales dans la réduction des violences basées sur le genre.
    • Girija Borker est économiste chercheuse au département Development Impact de la Banque mondiale, où elle dirige le programme Genre. Ses recherches portent sur la participation économique des femmes, les violences et la mobilité dans les pays en développement, avec un accent sur des solutions politiques à grande échelle.
    DAI Research & Advisory Services

    DAI Research & Advisory Services

    L’agence DAI Research & Advisory Services Pvt Lt, créée en 2020, fournit des services de recherche et d’évaluation aux institutions, agences gouvernementales et aux organisations à impact en Inde, au Népal and Bangladesh.

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