La participation communautaire au service de la transformation agricole

Le bureau de J-PAL pour l’Asie du Sud propose de mener une évaluation randomisée afin d’évaluer la valeur de la participation communautaire dans le choix de l’emplacement et la construction de canaux d’irrigation reliant les réservoirs d’eau aux parcelles des agriculteurs dans l’État de Telangana, en Inde. 

Pourquoi agir ?

Dans l’Etat de Telangana en Inde, les réservoirs d’irrigation sont sous la responsabilité d’agences gouvernementales, mais la construction et l’entretien des canaux de distribution d’eau sont le plus souvent laissés aux communautés locales. Des problèmes d’action collective surgissent généralement lorsque certains agriculteurs entreprennent la construction de canaux sur leurs parcelles, jusqu’à ce qu’un ou plusieurs d’entre eux décident de ne pas le faire pour bénéficier d’un approvisionnement en eau accru, sans frais personnels mais aux dépens des agriculteurs voisins. Par conséquent, les agriculteurs finissent par ne pas construire de canaux sur leurs parcelles, même s’ils comprennent les avantages potentiels qui y sont liés et disposent des connaissances et des ressources nécessaires pour les construire (Freeman et al, 1990 ; Ostrom et Gardner, 1993).

Ces problèmes ont un impact sur tous les agriculteurs qui dépendent de l’irrigation de surface, et en particulier sur ceux en situation de précarité et marginalisés qui ne peuvent pas se permettre d’autres investissements privés coûteux dans l’irrigation. Tirer parti de l’action collective locale permet de trouver des solutions à la gestion de l’irrigation plus efficaces et moins coûteuses plutôt que d’investir l’argent des contribuables dans la construction de projets d’infrastructure d’irrigation à grande échelle, notamment des barrages.

Innovation fondée sur des preuves d’impact

Le projet vise à évaluer, par le biais d’une évaluation contrôlée randomisée, la valeur de différents schémas de participation communautaire dans le choix du site et la mise en œuvre de la construction de canaux en terre reliant les réservoirs d’eau aux parcelles des agriculteurs. L’étude comparera une approche participative “ascendante” à l’approche standard “descendante” dans laquelle la communauté joue un rôle limité dans la planification et la mise en œuvre.

L’équipe de recherche, dirigée par J-PAL, a déjà mené un premier projet pilote dans 20 villages afin de tester la faisabilité et d’estimer l’ampleur économique de l’agence communautaire sur le choix et l’emplacement des canaux. L’équipe a trouvé des preuves suggestives que lorsque la communauté est en charge de la prise de décision ainsi que de la construction, la longueur du canal construit est plus longue et la largeur uniforme. En effet, le fait de donner une plus grande voix à tous les agriculteurs par le biais d’un vote secret a augmenté de manière significative leur satisfaction quant au choix et à la qualité du canal construit par rapport au scénario “sans choix”. Les agriculteurs sont également plus susceptibles de préférer une mise en œuvre descendante, probablement en raison des coûts supplémentaires qu’implique une mise en œuvre ascendante.

Cette évaluation contrôlée randomisée couvrira 240 villages de 15 districts de l’Etat de Telangana, sur la base d’un échantillonnage aléatoire de 30 parcelles pour enquêter un total de 7 200 agriculteurs. Le projet administrera l’enquête finale à 8 400 agriculteurs en incluant en plus tous les agriculteurs situés le long du canal construit dans l’intervention, qui ne faisaient pas partie de l’échantillon de base. En outre, chaque agriculteur de l’échantillon décrit ci-dessus participera à un jeu de simulation pour mesurer les niveaux de confiance entre les agriculteurs. Les résultats économiques réels en termes de production agricole seront également mesurés.

Impact et principaux résultats

Le gouvernement du Telangana a récemment investi dans la réhabilitation des réservoirs d’irrigation locaux mais n’a pas encore établi sa politique pour la construction et l’entretien des canaux de terrain pour la distribution de l’eau. En s’appuyant sur les communautés locales, cette étude offre l’opportunité d’améliorer l’allocation des ressources d’irrigation et les résultats agricoles des agriculteurs, tout en économisant des dépenses publiques supplémentaires pour l’entretien à long terme de ces structures.

Plus globalement, les résultats de cette étude permettront d’informer l’État fédéral, les bailleurs de fonds internationaux et les organismes d’aide sur le rapport coût-efficacité de la participation communautaire aux projets de développement axés sur l’adaptation au climat.

Présentation de l’équipe

Le Abdul Latif Jameel Poverty Action Lab (J-PAL) est un centre de recherche mondial qui œuvre pour la réduction de la pauvreté en veillant à ce que les politiques soient fondées sur des preuves scientifiques. Ancré dans un réseau de 261 professeurs affiliés dans des universités du monde entier, J-PAL mène des évaluations d’impact randomisées afin de répondre à des questions essentielles dans la lutte contre la pauvreté. J-PAL South Asia est un centre de recherche de l’Institute for Financial Management and Research (IFMR) à Chennai, en Inde, chargé de la collecte des données et de la mise en œuvre de l’intervention.