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Une méthode de formation pour préparer les élèves et les enseignants à réagir aux violences de genre en milieu scolaire au Nigéria

Projet terminé
  • Nigeria
  • Éducation
  • Sept. 2024 à Mars 2026

L’ONG nigériane Youthcare Development Empowerment Initiative (YcDEI) forme des jeunes élèves et des enseignants à réagir aux violences de genre en milieu scolaire grâce à l’utilisation de manuels de formations adaptés. Ce test pilote financé par le FID permettra à l’organisation de mettre en place une évaluation randomisée de petite échelle dans 45 écoles de l’état d’Oyo au Nigéria, afin de mesurer les effets des formations sur les élèves et les enseignant.e.s.

Projet porté par :

Petite fille de dos dans une classePetite fille de dos dans une classe

Le contexte

La violence de genre est une violation répandue des droits de l’homme qui affecte de manière disproportionnée les femmes et les filles. Elle prend plusieurs formes, y compris des violences physiques, psychologiques et sexuelles, et a des conséquences graves sur la santé mentale, le bien-être physique et les perspectives socioéconomiques des victimes. Ces violences naissent souvent de normes culturelles, d’inégalités de genre et de déséquilibres systémiques de pouvoir profondément enracinés. De ce fait, elles font partie des problèmes mondiaux les plus difficiles à résoudre (Ekine 2020).

Plus particulièrement, la violence de genre en milieu scolaire qui inclut « la violence physique, le harcèlement sexuel ou verbal, les attouchements non consentis, la coercition sexuelle et les agressions, ainsi que les viols » affecterait plus de 246 millions d’enfants et d’adolescents chaque année (UNESCO, 2016). De plus, elle conduirait à des taux d’absentéisme plus importants chez les jeunes qui en sont victimes (Lee et Rudolf, 2022), de moins bonnes performances académiques (Kibriya et al., 2016 ; Fry et al., 2018) et des taux de décrochage scolaire plus importants (Fry et al., 2018 ; Ellery et al., 2010).

Au Nigéria, la loi prend en compte graduellement les violences sexuelles. En 2015, l’adoption de la loi sur la prohibition de la violence contre les individus a permis de reconnaître les violences de genre comme une forme de discrimination et de créer un registre de délinquants sexuels. Mais malgré ces progrès, les administrations scolaires nigérianes ne sont pas toutes équipées pour détecter et traiter les cas de violence de genre (Ekine, 2020).

Bien que la violence de genre en milieu scolaire concerne un grand nombre d’élèves dans le monde, on en sait peu sur l’étendue du problème, et encore moins quelles solutions lui apporter.

En 2020, des travaux de terrain menés par les chercheurs du projet dans 30 écoles réparties dans six états à travers le Nigéria ont montré que 47,1% des enfants enquêtés avaient déjà été victimes de violence de genre en milieu scolaire (Ekine, 2020). Par la suite, en 2021, l’ONG Youthcare a décidé de s’attaquer à ce problème, et a lancé son programme de formation dans des écoles primaires.

L'innovation

Youthcare Development and Empowerment Initiative (YcDEI) a mis en place le projet « Ending School-Related Gender-Based Violence : A Two-Pronged Approach » (Mettre fin à la violence de genre en milieu scolaire : une double approche). Ce programme en deux volets vise à former les élèves d'un côté, les enseignant·es de l'autre, à reconnaître, prévenir et signaler les cas de violence de genre. Pour ce faire, il aide les enseignant·es à acquérir les compétences nécessaires pour réagir de manière adaptée.

L’innovation réside dans l’approche portée par l'initiative : à savoir que la prévention et la réaction efficaces à la violence de genre en milieu scolaire doivent se concentrer sur la capacité des enfants à signaler cette violence et sur la capacité du système scolaire à réagir de manière adaptée. Ce pilote visait à déterminer, via un cadre d'évaluation randomisée, comment évaluer, renforcer et étendre cette approche en deux volets de lutte contre les violences de genre en milieu scolaire. L’intervention a été conduite dans 45 écoles primaires au sein de 5 communes dans la métropole d’Ibadan (État d’Oyo au Nigeria).

Protocole de recherche

La recherche a combiné un protocole de recherche randomisé et une collecte de données mixant diverses méthodes afin d’appréhender l’intervention sous ses différentes dimensions.

Les 45 écoles choisies parmi les écoles d’Ibadan ont été réparties en trois groupes :

  • un groupe ciblé par l’intervention (20 écoles où les élèves et les enseignant·es ont reçu la formation),
  • un groupe de contrôle (15 écoles) dont les participants n’ont pas suivi la formation, mais ont répondu à des enquêtes au début et à la fin,
  • un groupe de contrôle « pur » (10 écoles)**, sans enquête de début, avec seulement une enquête à la fin.

Des données quantitatives et qualitatives ont été collectées au moyens d’entretiens individuels, d’analyses documentaires et d’observations. De plus, la stratégie de collecte des données a pris en compte le caractère sensible du sujet grâce à trois méthodes innovantes (exercices avec une boîte transparente, boîtes verrouillées et registres de signalement).

**En effet, afin de déterminer si les enquêtes approfondies conduites au début de l’intervention pouvaient influencer les attitudes des enseignants ainsi que les connaissances sur la violence de genre en milieu scolaire et leurs taux de signalement - en raison du caractère tabou du sujet - le projet a aussi inclus un groupe de contrôle « pur » qui n’a pas répondu à l’enquête de début.

Résultats et apprentissages

Réalisations opérationnelles

A travers une formation participative d’un jour, adaptée aux enfants et organisée dans les écoles, 854 élèves ont été formés à comprendre ce qu’est un comportement inapproprié, leur droit à la sécurité et l’importance de dénoncer ces comportements.

136 enseignant·es ont reçu une formation structurée et centralisée de deux jours afin de leur permettre de mieux comprendre les violences de genre en milieu scolaire, de remettre en question les normes et les pratiques disciplinaires néfastes et de savoir comment réagir en donnant la priorité aux victimes.

Principaux résultats de l’étude

Malgré son caractère pilote, la comparaison randomisée entre les 20 écoles ayant reçu la formation et les 10 écoles faisant partie du groupe de contrôle total, a abouti à des premiers résultats éclairants :

  • La formation a permis un changement dans les signalements : les élèves sont moins susceptibles de parler de violence de genre en milieu scolaire à d’autres élèves, mais plus enclins à en parler aux enseignant·es. Ces effets sont cohérents avec la logique d’intervention qui encourage les élèves à changer leur comportement en cas de violence de ce type, en les poussant à signaler ces comportements aux enseignant·es plutôt qu’aux élèves.
  • Ces résultats suggèrent aussi une possible augmentation, bien que modeste, des jours de présence des élèves. Comparés aux élèves dans les écoles du groupe de contrôle « pur », les élèves ayant reçu la formation ont été un peu plus présents et ont une attitude plus positive vis-à-vis de l’école.
  • Les enseignant·es se détournent des méthodes moins efficaces de lutte contre des violences au profit du signalement encouragé par la formation : Par exemple, les enseignant·es semblent semblent moins avoir recours à la prière pour demander une protection, et se tournent plus volontiers vers un comité de plainte, cherchent à sensibiliser des élèves ou à soutenir l’embauche de personnel supplémentaire.

De manière générale, le projet pilote a permis de tester l’intervention, mais aussi une première stratégie de randomisation et des approches de collecte des données. Cela a montré à l’équipe projet montre à quel point il est important de bien concevoir l’évaluation des innovations de ce type.

    Ressources documentaires

    • Documentaire produit par Youthcare Development Empowerment Initiative

    Equipe de recherche

    • Prof. Adefunke Ekine est professeure en éducation de la petite enfance, directrice actuelle du département et directrice adjointe de la recherche et de l'innovation à Tai Solarin Federal University of Education, à Ijagun, au Nigeria. Ses recherches portent sur les acquis d'apprentissage dans l'éducation des filles, les disciplines STEAM et le renforcement des capacités des enseignants.
    • Dr. Isabelle Cohen est professeure adjointe à Evans School of Public Policy & Governance de l'Université de Washington, où elle se spécialise dans l'économie du développement et l'économie publique.
    • Dr. Grace Abban (Ghana) et Dr. Oyeteju Odufuwa (Nigeria) font également partie de l'équipe de recherche du projet.
    • Toyin Adebayo est chargée de programme pour l'initiative Youthcare Development and Empowerment.
    Youthcare Development and Empowerment Initiative

    Youthcare Development and Empowerment Initiative

    Youthcare Development and Empowerment Initiative (YcDEI) est une ONG nigériane dirigée par des femmes, dont l’objectif est de promouvoir l’égalité des sexes par le biais de changements systémiques et la participation communautaire. YcDEI s’engage principalement à améliorer les résultats d’apprentissage des personnes vulnérables, en particulier les filles, et travaille depuis 8 ans à promouvoir des environnements d’apprentissages sûrs pour les enfants et les jeunes à l’école.

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