
09 avril 2026
Offre d'emploi : CDD - Chargé.e d'investissement junior (analyste revue de projets)
Impact
Actualités et Eclairages
05 janvier 2025
Projets financés par le FID
Côte d'Ivoire
Santé


L’Alliance mondiale pour l’élimination des peintures au plomb, soutenue par le Programme des Nations Unies pour l’environnement et l’Organisation mondiale de la Santé, alerte depuis plusieurs années sur l’ampleur de l’exposition au plomb dans le monde. Les chiffres sont inquiétants : aujourd’hui, environ un enfant sur trois dans le monde est exposé à des niveaux de plombémie susceptibles de provoquer des lésions neuro-développementales irréversibles. Le bilan global est tout aussi préoccupant : selon l’OMS, en 2019 l’exposition au plomb était responsable de 900 000 décès et de la perte de 21,7 millions d’années de vie en bonne santé en 2019.
Avec le soutien du FID, le projet pilote CIVLead s’attaque au problème au sein des ménages de Côte d’Ivoire : l’objectif est de vérifier si le fait de fournir des informations personnalisées sur le plomb présent dans les peintures peut véritablement améliorer la sensibilisation et favoriser la prévention.
Plus de la moitié des pays du monde ne disposent toujours pas de réglementation contraignante des peintures au plomb, dont beaucoup en Afrique subsaharienne. La Côte d’Ivoire a avancé plus vite que beaucoup de ces pays : en 2014, le ministère de l’Environnement a adopté une stratégie nationale sur cette question, suivie en novembre 2023 d’un projet de loi sur la gestion des produits chimiques, qui encadre désormais la gestion des substances dangereuses, dont le plomb.
Ce cadre légal en évolution a incité la collecte de données, mettant en évidence des niveaux systématiquement élevés de plomb dans les peintures utilisées dans les habitations, et ce dans tout le pays. Une étude menée en 2017 par les Jeunes volontaires pour l’environnement a montré que 63 % des peintures à base de solvant à Abidjan contenaient des niveaux de plomb égaux ou supérieurs à la limite la plus stricte de 90 ppm, qui est la norme pour de nombreux pays. [Ranjbar Z, Pourhadadi D, Montazeri Sh, al. 2023].
Une évaluation de 2023 par l’équipe du projet CIVLead a confirmé la gravité du problème : sur les 23 échantillons de peinture testés, 14 contenaient des niveaux de plomb supérieurs à 500 ppm, bien au-delà des seuils de sécurité (van Geen et al., 2024).

Pourtant, alors que ces initiatives ont documenté les risques, elles n’ont pas encore traduit ces connaissances en mesures. Dans l’ensemble, les populations n’ont pas été informées des sources et des voies d’exposition, ni des pratiques à mettre en place (dépoussiérer régulièrement, laver les jouets des enfants, couvrir les surfaces peintes) qui permettent de réduire considérablement les risques. Ce défaut de sensibilisation est particulièrement criant chez les plus vulnérables et ceux pour qui le poids de la maladie pourrait être le plus difficile à porter : les femmes enceintes, leurs futurs bébés, et les mères de jeunes enfants.
Sur les 200 femmes enceintes de l’échantillon de référence à Abidjan, seulement 19 % savaient que l’exposition au plomb pouvait nuire à la santé et seulement 3 % ont été capables d’identifier la peinture comme source potentielle d’exposition (Gille V, Gubert F, Saint-Macary C, et al., 2025).
L’équipe du projet a décidé de concentrer son intervention à l’intersection de ces problématiques : le manque de connaissances et l’exposition au risque.
Il existe peu de données rigoureuses sur les campagnes de sensibilisation menées à ce sujet, surtout dans les pays en développement et émergents. Nous pouvons citer une exception notable : une initiative menée dans les zones rurales du Bangladesh visant à lutter contre l’exposition à la peinture au plomb des enfants et des personnes qui s’occupent d’eux a été évaluée formellement. L’étude a montré que l’initiative avait permis une hausse de la prise de conscience de 52 % et avait favorisé le développement de comportements préventifs dans les localités concernées (Jahir et al. 2021).
Dans ce contexte, le projet pilote CIVLead, soutenu par le FID, se concentre sur la prévention individuelle : sensibiliser les ménages à Abidjan, surtout les femmes enceintes et les mères de jeunes enfants, et leur donner des conseils pratiques sur les mesures de protection à prendre. Une composante recherche fait partie intégrante de l’intervention et a été conçue pour vérifier si la diffusion de l’information donne bel et bien lieu à un changement des comportements.
Le travail préparatoire a été mené à Abidjan en 2023 et a combiné trois activités : (1) mesurer les concentrations de plomb dans les peintures des habitations et dans le sang des enfants au sein des familles de femmes enceintes ; (2) mener des activités de sensibilisation sur les risques sanitaires liés à l’exposition au plomb et les mesures préventives qu’il est possible de mettre en place ; (3) vérifier si ces activités ont permis un changement des comportements.
Un élément majeur du projet est la priorité donnée aux informations personnalisées. Les campagnes générales de sensibilisation, dans les médias ou en porte-à-porte, peuvent permettre de renforcer les connaissances, mais pas forcément de modifier les comportements. Les individus sont poussés à changer lorsqu’ils se rendent compte qu’ils courent un risque personnel : lorsqu’ils savent qu’une menace n’est pas hypothétique, mais qu’elle se trouve dans leur propre maison.
Habituellement, ces campagnes ciblées sont couteuses et techniques, car elles nécessitent des analyseurs à fluorescence X, des appareils coûteux qui doivent être manipulés par des professionnels. CIVLead propose une alternative plus simple : un kit abordable, à moins de 1 dollar le test, que les membres du ménage peuvent utiliser eux-mêmes pour détecter les peintures à base de plomb dans leur environnement. Cette approche se fonde sur une hypothèse comportementale : l’utilisation d’autotests favoriserait l’appropriation des résultats et la prise de mesures concrètes de protection (par exemple, en éloignant les enfants des zones contaminées), davantage qu’un test réalisé par des techniciens externes.
200 femmes enceintes ont participé à ce programme pilote, et toutes ont reçu trois visites de l’équipe. Elles ont reçu des informations générales sur les risques de l’exposition au plomb ainsi que des informations personnalisées sur la présence de peinture à base de plomb chez elles. Les peintures ont été testées dans chaque habitation : d’abord deux surfaces avec des kits simples lors de la première visite, et ensuite avec un analyseur XRF (fluorescence X).
Toutes les participantes ont aussi reçu un kit gratuit au terme de la première visite et ont été encouragées à tester d’autres surfaces de leur habitation. L’équipe de recherche a évalué les effets de ces informations personnalisées sur l’exposition au plomb, en étudiant l’effet du kit lors de la troisième visite : d’abord sur la sensibilisation à l’exposition au plomb, et ensuite, sur l’adoption (autodéclarée) de mesures de prévention.
L’étude a prouvé que près d’un tiers des habitations était contaminé au plomb, principalement par la peinture, et ce de façon décorrélée du niveau socioéconomique ou éducatif des ménages. Les analyses sanguines ont confirmé la présence de plomb dans le sang des enfants, avec une concentration moyenne de 60 μg/L, supérieure à celle observée en Europe (Stajnko et al., 2024) et aux États-Unis (Teye et al., 2021). La campagne de sensibilisation a permis d’obtenir des résultats significatifs : La part des femmes ayant connaissance des dangers du plomb pour la santé a fortement augmenté, passant de 3 % à 59 %, ainsi que la part des femmes ayant connaissance des mesures de protection pouvant être prises, passant de 1 % à 66 %.
Sur les 153 femmes de l’échantillon final, celles vivant dans des habitations contaminées au plomb étaient plus susceptibles de reconnaître leur propre risque d’exposition (33 à 35 points de pourcentage de plus).
Cette amélioration de la sensibilisation a aussi conduit à des changements de comportement : Les mères ayant pris connaissance de la contamination au plomb de leur habitation, grâce aux kits et au test XRF, étaient plus susceptibles d’empêcher leurs enfants d’ingérer des éclats de peinture (augmentation de 23 points de pourcentage) et plus susceptibles d’augmenter la fréquence des lavages de mains (augmentation de 41 points de pourcentage).
L’étude n’a pas révélé d’effet sur des mesures comme le nettoyage ou les rénovations, ce qui montre probablement que la fréquence des nettoyages était déjà élevée et que les rénovations sont des mesures plus coûteuses et de long terme ; ce qui freine fortement leur réalisation.
L’équipe du projet a noté qu’il faudrait prolonger les recherches, y compris mener des études mesurant des résultats objectifs, comme les résultats sanguins des enfants, et ne pas uniquement se baser sur des autodéclarations relatives aux comportements.
Sur la base de ces premiers résultats, l’équipe compte amplifier le projet pilote et mener une expérience à plus grande échelle à Abidjan. L’objectif sera double : tester les effets de l’intervention sur des échantillons plus importants et déterminer si les changements de comportement durent au-delà de la période suivant l’intervention. Les futurs travaux examineront aussi les approches les plus rentables pour la diffusion des informations générales sur les risques du plomb et les informations personnalisées des ménages, l’objectif final étant d’élaborer des recommandations politiques.
L’Institut français de recherche pour le développement (IRD) met en œuvre le projet en partenariat avec l’Université Félix Houphouët-Boigny, le Laboratoire National d’Essais de Qualité de Métrologie et d’Analyse, l’École nationale de statistique et d’économie appliquée, l’École des hautes études en santé publique (France), et l’Université Columbia. Plusieurs chercheurs-euses travaillent sur cette initiative coordonnée par Flore Gubert et Mathias Kouassi : Florence Bodeau-Livinec, Stéphanie Dos Santos, Alex Franck Houffoue, Jacques Gardon, Véronique Gille, Maeva Kone, Hugues Kouadio, Ernest Kouassi Ahoussi, Epiphane Marahoua, Camille Nougbe, Camille Saint-Macary, Petanki Soro et Alexander Van Geen.
Actu
Découvrez les dernières actualités du FID
Lire l'actu du FID
09 avril 2026
Offre d'emploi : CDD - Chargé.e d'investissement junior (analyste revue de projets)

Visites et reportages
23 mars 2026

Infos du FID
12 mars 2026
Mieux comprendre le processus de sélection des projets au FID