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Des drones pour faciliter la livraison de médicaments dans les régions reculées de Madagascar

Projet terminé
  • Madagascar
  • Santé
  • Oct. 2022 à Juil. 2025

A Madagascar, l’ONG Population Services Internationale (PSI) a expérimenté la livraison de produits de santé par drones dans une cinquantaine d'établissements de santé situés dans des zones reculées du pays. Ce projet financé par le FID visait à évaluer la faisabilité, le rapport coût-efficacité ainsi que les impacts sur la santé des communautés d’un tel déploiement.

Projet porté par :

Médicaments dans le ciel parachutéMédicaments dans le ciel parachuté

Le contexte

À Madagascar, jusqu'à un tiers des centres de santé publique restent coupés du réseau routier une partie ou toute l'année, isolant 20 % de la population des soins essentiels en raison d'infrastructures défaillantes et de conditions climatiques extrêmes (cyclones, inondations, pluies torrentielles). L'accès aux soins demeure extrêmement difficile pour environ 19 millions d’habitants en zone rurale, du fait de systèmes de distribution du dernier kilomètre défaillants. Conséquence directe : plus on s'éloigne des districts centraux qui concentrent approvisionnements et soins, plus les ruptures de médicaments essentiels se multiplient. Les pénuries de vaccins infantiles sont 7 % plus fréquentes dans les régions rurales que dans les régions urbaines. Quant aux centres de santé enclavés, ils peuvent rester inaccessibles 3 à 12 mois par an et subissent des ruptures de stock à répétition. Les femmes confrontées aux enjeux de santé maternelle et reproductive et les enfants de moins de 5 ans sont les premiers à être touchés par cette réalité.

Trouver des solutions pour surmonter cet obstacle du dernier kilomètre s'impose donc pour garantir un accès fiable aux médicaments et vaccins, prévenir des décès qui auraient pu être évités et améliorer la santé des plus fragiles.

Nouvelles d'Afrique TV5 Monde - Madagascar : les médicaments arrivent du ciel

L’innovation

À Madagascar, PSI (Population Services International) a déployé une solution innovante pour approvisionner une cinquantaine de centres de santé enclavés : des drones complétant le transport routier, permettant ainsi des livraisons continues sur le dernier kilomètre, toute l'année. Le projet a été déployé sur la côte est de Madagascar à proximité de la ville principale de Mahanoro. En reliant les pharmacies de district aux centres de santé les plus reculés, le projet cherche à étendre l’accès aux soins des communautés les plus vulnérables, en leur assurant des stocks d’urgence de produits de santé essentiels.

Dans un contexte marqué par l’essor des initiatives de livraison par drones sont en cours et l’engouement qu’elles génèrent, PSI a choisi d’évaluer l’impact de ce type d’intervention sur la santé des populations au moyen d’un essai contrôlé randomisé (premier dans ce domaine), encouragé par un premier pilote aux résultats prometteurs.

Le financement du FID a rendu possible cette démarche inédite : évaluer rigoureusement et de manière indépendante l’impact réel de la livraison par drone sur les systèmes de santé, et à fournir aux décideurs publics des données fiables sur le potentiel d’impact mais aussi les défis d’une telle approche.

L’équipe de recherche de l’Université de Caroline du Nord, d’Innovations for Poverty Action (IPA), et de PSI ont conçu une évaluation d’impact articulé autour de deux volets : Le premier volet mesure l’impact direct sur les communautés desservies à travers plusieurs indicateurs :

  • La réduction des ruptures de stock de produits essentiels (vaccins, diagnostics et traitements antipaludiques)
  • L’évolution des pratiques contraceptives (amélioration de l’adhésion).
  • L’amélioration de la couverture vaccinale et de la prise en charge du paludisme.
  • La perception de la qualité des services.

Le second volet analyse le rapport coût-efficacité de la livraison de fournitures médicales par drone dans les régions concernées, en se concentrant sur le diagnostic et le traitement du paludisme, l'accès aux contraceptifs et l'efficacité de la livraison.

L’étude a ciblé 109 établissements de santé isolés, répartis dans 3 régions de l’est de Madagascar (Alaotra Mangoro, Atsinanana et Vatovavy Fitovinany), dont 55 desservis par les drones, et 54 qui ne l’étaient pas, constituant le groupe de contrôle. Ces données ont été enrichies par des enquêtes menées auprès d'une population de plus de 3 000 femmes en âge de procréer.

Résultats provisoires et principaux enseignements

[Mars 2026]

Sur le plan opérationnel

  • En 18 mois, plus de 1 570 vols ont acheminés 11 475 litres de produits sanitaires en volume et 2 371 kg en poids (vaccins, médicaments antipaludiques, antirétroviraux, contraceptifs, produits de santé maternelle et infantile) vers 55 établissements de santé dans 6 districts. Les établissements les plus reculés ont reçu des vaccins en moins d’une heure, contre plusieurs jours auparavant, permettant d’optimiser les effets des campagnes de vaccination. En 12 mois, 60% des vaccins distribués ont été livrés par drone.
  • Le Ministère de la Santé Publique a participé activement de la conception et planification stratégique à l’évaluation des résultats, manifestant un fort intérêt pour le projet. Des référents (comités régionaux de chaine d’approvisionnement) ont été désignés par le ministère aux niveaux central, régional et du district pour faciliter la coordination et le suivi. Un groupe de travail national dédié aux drones a sélectionné les sites pour garantir la cohérence du déploiement avec les priorités sanitaires, la conformité règlementaire et la viabilité à long terme du projet.
  • La communauté locale et les agents de santé, dont les pharmacies de district ont été mobilisés à travers des formations et des activités de communication ciblés pour renforcer la confiance envers les services de santé.

Principaux résultats d’impact : Les drones ont l’impact attendu dans certaines conditions

Les drones améliorent significativement le diagnostic et le traitement du paludisme dans les zones rurales (+ 14% du taux de diagnostic). En revanche, aucun effet significatif n’a été démontré sur l’accès à la contraception moderne en général, aux autres vaccins et produits de santé (IST/VIH, tuberculose), en raison de problèmes dans la chaîne d’approvisionnement en amont pour ces produits.

En effet, l'étude met en lumière une limite fondamentale de la livraison par drones susceptible d’alimenter la littérature sur le sujet : les drones ne peuvent compenser des défaillances structurelles de la chaîne d'approvisionnement. S’ils renforcent efficacement la distribution du dernier kilomètre, ils ne peuvent pas surmonter les goulots d'étranglement en amont, au niveau national, tels que le rationnement des produits ou la disponibilité limitée des stocks centraux.

Plus spécifiquement :

  • Les établissements bénéficiant de la livraison par drone ont connu moins de ruptures de stock de tests de diagnostic rapide du paludisme (amélioration constatée de 10% de la disponibilité des stocks dans les 55 centre de santé). Le taux de diagnostic du paludisme a aussi augmenté de 14% chez les enfants fébriles du groupe bénéficiant de l'intervention par drone.
  • Les femmes du groupe de traitement ont utilisé légèrement plus leurs contraceptifs préférés (augmentation de 9% de l’alignement entre préférence et utilisation). De plus, aucune différence mesurable n'a été constatée dans l'utilisation actuelle des contraceptifs modernes ou dans les ruptures de stock d'autres produits non liés au paludisme. En effet, les chercheurs.euses ont constaté que, pour diverses raisons, les produits n’étaient déjà pas ou peu présents dans les stocks centraux, et donc difficilement acheminables par drone.
  • Les drones sont particulièrement efficaces pour réduire les ruptures de stock des produits déjà présents dans le système d’approvisionnement national, comme cela a été le cas pour les tests de paludisme. En revanche, en cas de pénurie systémique ou d’interruption dans l'approvisionnement (comme cela a été le cas pour les contraceptifs), les drones ne peuvent pas combler le manque.

Du point de vue du rapport coût-efficacité, les projections suggèrent que la livraison de fournitures médicales par drone est coût-efficace, à court terme (1 an) comme à plus long terme (horizon 10 ans), pour améliorer le diagnostic et le traitement du paludisme dans les régions reculées de Madagascar. Toutefois, ces résultats sont fortement sensibles aux coûts opérationnels et au niveau d’utilisation du système. À faible utilisation (par exemple 60 vols par mois et par base de décollage), les coûts fixes sont répartis sur un volume limité de livraisons, ce qui entraîne un coût unitaire plus élevé. À mesure que le nombre de vols augmente (par exemple 100 vols par mois), ces coûts sont amortis sur un volume plus important, améliorant ainsi significativement le rapport coût-efficacité.

    Enseignements et perspectives : deux priorités se dégagent

    A ce stade, les principaux enseignements et perspectives correspondantes sont :

    Dans une perspective de mise à l’échelle, une conclusion importante à tirer est que les programmes de drones peuvent venir en complément d’efforts de renforcement des chaines d’approvisionnement national.

    Le principal défi lié à la mise à l'échelle des programmes de livraison de fournitures médicales par drone pour les décideurs politiques réside dans le maintien de l'efficacité opérationnelle et du rapport coût-efficacité à mesure que la complexité, la portée géographique et le volume des livraisons augmentent.

    L’équipe du projet entend poursuivre ses travaux selon deux priorités :

    • analyser finement les indicateurs de coût (coût par vol, population atteinte, vies sauvées) ;
    • optimiser la rentabilité nationale le rapport coût-efficacité en créant un réseau de bases de drones interconnectées.

    Equipe de recherche

    • Katherine Tumlinson est professeure associée au Département de Health Policy and Management de l'UNC Gillings School of Global Public Health. Elle est l'Investigatrice principale pour l'essai contrôlé randomisé.
    • Emilia Goland est doctorante en santé maternelle et infantile à l’UNC Gillings, axée sur la santé reproductive mondiale.
    • Tara Templin est professeure adjointe en politiques de santé à l’UNC Gillings, spécialiste en économie de la santé des maladies non transmissibles en contextes pauvres.

    Ressources documentaires

    • Tanaka A, Thomas E, Purves A, et al ; Drones in healthcare, are they ready to fly? In BMJ Innovations Published Online First : 06 February 2026. doi : 10.1136/bmjinnov-2025-001420
    • Article à paraître sur les résultats de l’évaluation d’impact dans la revue BMJ Innovations
    Population Services International (PSI)

    Population Services International (PSI)

    Population Services International est une organisation mondiale de santé à but non lucratif qui met en oeuvre des programmes ciblant le paludisme, la survie de l’enfant, le VIH et la santé reproductive.

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