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La digitalisation de services judiciaires pour une meilleure accessibilité et transparence de la justice au Mexique

Projet terminé
  • Mexique
  • Démocratie et gouvernance
  • Avr. 2025 à Nov. 2025

L’Instituto Tecnológico Autónomo de México (ITAM) propose une solution qui vise à améliorer l’accès à la justice pour les travailleur.euse.s vulnérables au Mexique, par le biais d’une application et d’un système de poursuites judiciaires en ligne qui faciliteront la mise en relation des personnes victimes de licenciements abusifs avec des avocat.e.s qualifié.e.s.

Projet porté par :

Le contexte

Au Mexique, le système judiciaire souffre d'un manque de transparence et d'équité préjudiciable aux travailleurs les plus vulnérables, qui peinent à faire valoir leurs droits face à leur employeur, faute de moyens financiers ou de réseau suffisants. Deux tiers des personnes touchées par un licenciement ne perçoivent pas les indemnités auxquelles elles ont légalement droit, et moins de 10 % d’entre elles engagent une procédure judiciaire pour obtenir réparation (Castellanos et al., 2020). Les travailleur.euse.s précaires ou informel.le.s sont les plus exposé.e.s, en raison notamment d'un accès limité à des avocat.e.s compétent.e.s et de l'opacité d'un système historiquement marqué par des délais excessifs et des pratiques de corruption.

Pour remédier à ces inégalités, le Mexique a engagé à partir de 2015 une réforme profonde du fonctionnement de la justice du travail. Une révision constitutionnelle en 2017 a mis fin aux anciennes instances administratives de règlement des conflits (les Juntas de Conciliación y Arbitraje) jugées inefficaces et peu transparentes. Une nouvelle loi fédérale du travail a suivi en 2019 conduisant à un déploiement progressif de la nouvelle organisation entre fin 2020 et 2023. Celui-ci repose sur une étape de conciliation désormais obligatoire dans les conflits du travail, gérée par des centres indépendants, avant toute saisine d’un tribunal.

Dans ce contexte de transition institutionnelle, l'écosystème de la justice du travail au Mexique fait face à des défis opérationnels, de coordination et de qualité, affectant à la fois la gestion adéquate des conflits du travail et l'expérience des plaignants. En particulier, des complications récurrentes surviennent à trois moments clés du processus :

  • La notification officielle à l'employeur par l’autorité judiciaire, une forte proportion des audiences étant annulée faute de notification adéquate ;
  • La réception et l'étude de l'acte initial de plainte rédigé par les plaignants, souvent incomplet et non conforme ;
  • Le choix par les travailleurs de leurs représentants légaux, de nombreux dossiers étant captés par un marché informel d’avocats peu scrupuleux qui exploitent la méconnaissance des droits pour proposer aux plaignants des services coûteux et souvent inadaptés.

L’innovation

Dirigé par l'Instituto Tecnológico Autónomo de México (ITAM), en partenariat avec le Tribunal du Travail de la ville de Mexico pour la mise en œuvre, le projet proposé vise à rendre l'accès à la justice moins onéreux, plus transparent et moins sujet à la corruption, grâce à des solutions numériques pour fluidifier les services juridiques.

L'innovation proposée repose sur quatre composantes, développées et testées dans le cadre de la réforme du système judiciaire en cours :

  • SIGNO : une application qui automatise et sécurise le processus d'envoi des convocations et notifications aux parties dans le cadre d'une procédure judiciaire. En traçant chaque étape de la procédure de notification, elle réduit les risques de manipulation et améliore la fiabilité et la fluidité du suivi. Précédemment développée par l’équipe d’ITAM, le financement du FID a permis d’en évaluer l’impact en matière de délais et le taux de notifications, ainsi que sur les pratiques des agents, grâce à la traçabilité accrue introduite par l'outil.
  • SEDEL : un outil en ligne qui guide les travailleur.euse.s ou leurs représentants légaux étape par étape dans la rédaction de leur plainte, pour s'assurer qu'elle soit complète et conforme dès le départ. Il répond à un problème fréquent : des dossiers mal rédigés qui ralentissent la procédure, notamment dans les cas de licenciement injustifié, qui représentent plus de 90 % des recours. Le financement du FID a permis de développer toutes les fonctionnalités de cet outil.
  • Une campagne d’information et une assistance juridique lors de la première venue des travailleurs au centre de conciliation afin d’améliorer leur niveau d’information au moment critique de l’ouverture de la procédure et les orienter dans leurs décisions de conciliation. L’évaluation teste différentes modalités de diffusion de l’information : vidéo seule, vidéo suivie d’un échange avec un expert juridique, ou vidéo complétée par un assistant juridique basé sur l’intelligence artificielle, afin de mesurer les effets de cette campagne sur la compréhension du processus par les travailleurs, de leurs droits et des options juridiques disponibles, et d’éclairer leur prise de décision.
  • PROLAB : une plateforme permettant aux travailleur.euse.s n’ayant pas trouvé un accord de conciliation de rechercher, comparer et évaluer des avocat.e.s spécialisé.e.s en droit du travail. En rendant visibles les résultats passés obtenus par les professionnel.le.s, elle vise à améliorer les choix de représentation juridique des travailleur.euse.s, souvent démarchés à l'entrée des tribunaux par des intermédiaires peu qualifiés et sans titre professionnel.

Le financement du FID a permis de développer l'ensemble de ces solutions et de tester à l'aide d'essais contrôlés randomisés (ECR) trois d'entre elles – l’application de gestion des notifications, la campagne d’information et la plateforme de mise en relation des travailleur.euse.s avec des avocat.e.s de qualité -, afin de mesurer les liens de cause à effet entre chaque innovation et l'amélioration de l'accès à la justice, et de générer des preuves d'impact.

Résultats intermédiaires (avril 2026)

Application de suivi des notifications SIGNO :

  • 55000 travailleurs bénéficiaires en ont bénéficié dans le cadre de l’expérimentation soutenue par le FID,
  • Des premiers impacts significatifs ont été constatés sur la transparence, la probabilité de demande de paiements informels, la capacité de suivi des dossiers, les délais de traitement, la probabilité de notification, et une nette amélioration de la probabilité de notification réussie, augmentée de 25 % par rapport au statu quo.
  • Fort de ce succès, SIGNO a été adopté par 22 des 32 centres de conciliation des États mexicains, avec un fort potentiel de réplication dans d’autres institutions judiciaires. Les données collectées montrent que 15 de ces centres l'utilisent pour 100 % de leurs notifications de citations et d'amendes de conciliation.
  • Un intérêt a été exprimé au niveau fédéral pour institutionnaliser l’utilisation de SIGNO plus largement, et tester son application à d’autres secteurs de la justice. L’outil SEDEL d’aide à la rédaction des plaintes a été entièrement développé et est désormais fonctionnel. Un premier accord est en discussion avec la Procuraduría de la Defensa del Trabajo pour le piloter en conditions réelles auprès d’avocats publics.

Sur le volet de la campagne d’information et de l’assistance juridique,

  • Les résultats préliminaires montrent que l’assistant juridique basé sur l’intelligence artificielle offre des performances comparables à celles des experts juridiques, sans pour autant être plus performant qu’un simple support d’information (vidéo seule).
  • Toutefois des effets positifs sont observés pour certains profils de travailleurs. Parmi ceux ayant déjà une expérience, même limitée, de l’IA et disposant de dossiers de meilleure qualité, l’outil augmente la probabilité d’aboutir à un accord de conciliation tout en réduisant le recours à un avocat, sans diminuer les montants obtenus par les travailleurs au terme de la conciliation.
  • En revanche, ces effets ne sont pas observés chez les travailleurs sans expérience de l’IA et présentant des dossiers moins solides.

Ces résultats suggèrent donc que, bien que prometteuse, l’efficacité de ce type d’outil dépend du profil des utilisateurs et de la qualité des dossiers.

  • Les prochaines phases du projet viseront à renforcer l’interactivité de l’outil et à favoriser des interactions plus longues, afin d’améliorer l’apprentissage et l’accompagnement des utilisateurs.
  • L’expérimentation de la plateforme PROLAB pour faciliter la mise en relation des plaignants avec des avocats lorsqu’un accord de conciliation n’a pas été trouvé est encore en cours.
    Instituto Tecnológico Autónomo de México (ITAM)

    Instituto Tecnológico Autónomo de México (ITAM)

    L’Instituto Tecnológico Autónomo de México (ITAM) est un établissement d’enseignement supérieur mexicain privé, laïc et à but non-lucratif. ITAM est l’organisation principale en charge de la mise en œuvre du projet. Au cours des dix dernières années, l’équipe a conçu et testé des politiques systémiques et à fort potentiel de mise à échelle visant à améliorer la justice du travail. Ce travail a influencé à la fois le nouveau droit du travail et les pratiques du Tribunal du Travail de la ville de Mexico.

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