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Résultats d'impact

Réduire la stigmatisation autour de la santé menstruelle pour améliorer les résultats scolaires des jeunes filles


Équipe de rechercheKaren MacoursJulieta Vera RuedaDuncan Webb

Comment améliorer l'accès des adolescentes à la santé et à l'hygiène menstruelles afin de favoriser leur scolarité ? C'est le défi auquel répond le programme Kilonga, conçu et mis en œuvre par CARE France et CARE Madagascar en partenariat avec le ministère de l'Éducation nationale malgache et évalué à travers plusieurs phases de recherche par l'École d'économie de Paris (PSE).

Kilonga repose sur une approche innovante combinant l'amélioration des conditions d'hygiène et santé menstruelles et une stratégie de renforcement des connaissances et capacités d’agir (« Jeunes Filles Leaders ») destinée à réduire les tabous et la stigmatisation autour des règles. L'objectif est de permettre aux adolescentes de mieux vivre leurs menstruations afin de limiter leurs conséquences sur leur parcours scolaire. Une évaluation d'impact randomisée a mesuré les effets de cette approche sur la santé menstruelle, le bien-être et la scolarité des adolescentes afin d'identifier les modalités les plus efficaces en vue de son passage à l'échelle.

Les résultats d’impact clés

Alors que l’hypothèse initiale portait sur les liens de causalité entre lutte contre les stigmatisations et réduction de l’absentéisme scolaire, le programme n’a pas donné d’effets mesurables sur le maintien des filles à l’école mais a, en revanche, fait émerger un mécanisme de causalité significativement favorable sur leurs résultats et leur parcours scolaires.

En effet, les résultats montrent qu'en améliorant les conditions de santé et d'hygiène menstruelles et en réduisant la stigmatisation autour des règles, Kilonga crée un environnement plus favorable, améliore les pratiques et le bien-être psychosocial des adolescentes, tout en produisant des effets significatifs sur leurs apprentissages.

  • +15%


    de probabilité de passage en classe supérieure, par rapport au groupe contrôle ; depuis une base de 51%

  • +21%


    de filles du groupe ayant bénéficié du programme combiné acceptant de s'exprimer publiquement sur le smenstruations devant leurs camarades.

  • +48%


    de pratiques d'hygiène menstruelles (utilisaiton de serviettes hygiéniques notamment)

  • -2,3


    battements par minute de fréquence cardiaque en moyenne, signe objectif d'une réduction du stress et de l'anxiété des filles bénéficiaires.

Méthodologie de l'étude d'impact

L'étude repose sur un essai contrôlé randomisé mené entre 2021 et 2023 auprès de 2 390 adolescentes scolarisées dans 140 écoles rurales de la région d'Amoron'i Mania à Madagascar. Les écoles ont été réparties aléatoirement entre un groupe de contrôle et plusieurs modalités du programme combinant un volet EAH (eau, assainissement et hygiène, renvoyant, par exemple, aux toilettes, protections périodiques réutilisables, etc.) avec une stratégie de sensibilisation animée par des Jeunes Filles Leaders, mise en œuvre sous forme d'activités en classe ou entre pairs. Les chercheur.se.s ont évalué les effets du programme sur les apprentissages, les pratiques d'hygiène menstruelle, le bien-être psychosocial, les normes sociales et les effets de diffusion au sein des communautés scolaires.

L’évaluation d’impact a permis de répondre à 3 questions de recherche

  • 01
    Le programme améliore-t-il les conditions de santé et d'hygiène menstruelles ?

    • Le programme renforce les connaissances et les pratiques de santé et hygiène menstruelles grâce à la combinaison d'infrastructures sanitaires adaptées, de protections périodiques réutilisables et d'actions de sensibilisation. Les pratiques d'accès à la santé et à l’hygiène menstruelles progressent de 48 %, tandis que les filles déjà réglées sont 35 % moins susceptibles de quitter l'école en cours de journée en raison de leurs menstruations. Les Jeunes Filles Leaders jouent un rôle déterminant pour transformer les connaissances en comportements : alors que le programme EAH seul améliore principalement les connaissances, son association avec les Jeunes Filles Leaders entraîne des progrès significativement plus importants des comportements d'hygiène générale (+0,33 écart-type) et menstruelle (+0,56 écart-type). Les effets se diffusent également aux mères, dont les connaissances et les attitudes vis-à-vis de la menstruation évoluent positivement.

  • 02
    Le programme réduit-il la stigmatisation autour des menstruations et améliore-t-il le bien-être des adolescentes ?

    • Le programme réduit la stigmatisation menstruelle et améliore durablement le bien-être psychosocial des adolescentes.

      Le programme favorise une évolution des normes sociales autour des menstruations : Avec une réduction de 0,6 d’écart-type en matière de stigmatisation, les filles parlent plus facilement des règles, ressentent moins de honte et se sentent mieux intégrées dans leur environnement scolaire. Cette évolution s'accompagne d'une baisse objective du stress, mesurée par une diminution moyenne de 2,3 battements par minute de la fréquence cardiaque. Les Jeunes Filles Leaders renforcent fortement ces effets : l'amélioration de l'indice de stigmatisation (qui agrège les mesures de diffusion de l'information, de disposition à parler des menstruations, d'attitudes progressistes, de perception des normes sociales et de réduction de la honte) atteint +0,74 écart-type, contre +0,41 avec le programme EAH seul. Lors des mises en situation proposées par les chercheurs, les adolescentes sont également 21 % plus nombreuses à accepter de parler publiquement des menstruations devant leurs camarades, signe d'une évolution rapide des normes sociales. Toutefois, si les Jeunes Filles Leaders renforcent nettement la réduction de la stigmatisation, leur efficacité dépend du contexte : les effets sont plus marqués dans les établissements où le climat social est déjà relativement favorable.

      Sur les garçons, le programme produit deux effets distincts. D'un côté, il ne parvient pas à réduire la stigmatisation masculine : aucun effet n'est détecté sur le comportement des garçons indiquant que leurs attitudes envers les filles qui parlent de menstruation restent inchangées. De l'autre, le harcèlement spécifiquement lié aux menstruations augmente significativement dans les écoles bénéficiaires (+0,27 écart-type dans les écoles EAH + Jeunes Filles Leaders). Ce résultat négatif suggère qu'en rendant les menstruations plus visibles et discutées dans l'espace scolaire, le programme a pu exposer davantage les filles à des moqueries de la part de garçons dont les normes n'ont pas évolué. L’équipe de recherche interprète cet effet comme le signe que la stratégie des Jeunes Filles Leaders , centrée exclusivement sur les filles, est insuffisante pour modifier les normes masculines, et appellent à des interventions complémentaires ciblant explicitement les garçons ainsi que les adultes de l’environnement scolaire et communautaire pour éviter que la parole des filles ne se retourne contre elles.

  • 03
    Le programme améliore-t-il les parcours scolaires et les apprentissages des adolescentes ?

    • Le programme a amélioré significativement les apprentissages scolaires bien qu’il n’ait pas révélé d’effets sur le maintien des filles à l’école, mettant en lumière de nouvelles chaînes de causalité.

      La recherche reposait sur l’hypothèse initiale selon laquelle l’intervention contribuerait à maintenir les filles à l’école et améliorererait les apprentissages scolaires. Or, alors que l'évaluation ne met pas en évidence d'effet significatif sur l'absentéisme ou le maintien des filles à l'école, les compétences académiques et cognitives des adolescentes ont bien progressé : de 0,21 écart-type, avec des effets particulièrement marqués en lecture et en mathématiques (+0,25 écart-type). Ces progrès se traduisent par une amélioration des résultats scolaires et une hausse de 15 % de la probabilité de passage en classe supérieure. L’évaluation a donc dévoilé un autre mécanisme explicatif que celui présupposé, à savoir que le programme améliore avant tout la qualité du temps passé à l'école — grâce à une réduction du stress et à un meilleur environnement psychosocial — tandis que les principaux déterminants du décrochage relèvent de contraintes économiques et sociales dépassant le champ de l'intervention. C’est un apprentissage important de l’évaluation.

Animation sensibilisation hygiène menstruelle

Passage à l'échelle

Les résultats de cette première phase ont conduit le FID à accompagner une nouvelle étape de déploiement et de recherche, tandis que le passage à l'échelle est engagé par le ministère de l'Éducation malgache dans le cadre d’un programme financé par la Banque mondiale, EAGER (East Africa Girls'Empowerment and Resilience), déployé dans 16 des 23 régions de Madagascar et visant à lever les principaux freins à la scolarisation et à la rétention des filles. Une nouvelle évaluation en cours compare notamment le rapport coût-efficacité des deux composantes « infrastructures EAH » et « Jeunes Filles Leaders », afin d'identifier le modèle le plus efficace, moins coûteux que les approches traditionnelles centrées uniquement sur les infrastructures ou les campagnes de sensibilisation de masse, et donc plus soutenable et le plus facilement reproductible.

Pour aller plus loin