Former des policiers dans l’Etat du Bihar pour lutter contre les violences liées au genre
Comment améliorer durablement la prise en charge des violences basées sur le genre par les forces de police ? C'est à cette question que répond le projet de formation de la police dans l’Etat du Bihar, en Inde. Le projet, porté par une équipe de recherche, en partenariat avec le gouvernement de l'État du Bihar et la police du Bihar évalue l'impact d'une formation immersive fondée sur les arts expressifs, les jeux de rôle et la réflexion collective, sur les attitudes, les compétences et les comportements des policiers, la qualité de la prise en charge des victimes et, plus largement, les pratiques professionnelles et la réponse institutionnelle. Les résultats visent à éclairer la conception de formations plus efficaces afin de faire évoluer les comportements des policiers et les normes qui les sous-tendent prise en charge des victimes de violences liées au genre en Inde et de contribuer à construire une réponse institutionnelle adaptée et cohérente en la matière.

Les résultats d'impact clés
Les résultats montrent que la formation immersive améliore durablement les attitudes, les compétences et les pratiques des policiers face aux violences basées sur le genre. Un an après la formation, les policiers formés prennent mieux en charge les victimes, les blâment moins souvent et les orientent davantage vers les services adaptés. L'évaluation met également en évidence des effets qui dépassent les seuls agents formés, avec une amélioration du climat de travail pour les femmes policières et des changements de pratiques au sein des commissariats.
+0,10
d'écart-type d’amélioration des compétences, attitudes et comportements des policiers face aux violences
-15
points de pourcentage de policiers à blâmer les victimes.
+8
points de pourcentage de policiers orientent les victimes vers les services adaptés et expliquent les recours possibles
-0,39
d'écart-type de réduction de l’anxiété déclarée par les femmes policières, traduisant une amélioration du climat de travail.
Méthodologie de l'étude d'imapct
L'évaluation repose sur un essai contrôlé randomisé mené dans 419 commissariats, répartis aléatoirement entre un groupe bénéficiant de la formation (217 commissariats) et un groupe témoin (202 commissariats). Les effets de l'intervention ont été mesurés à partir d'enquêtes conduites avant et après la formation auprès de 3 526 officiers de police et auprès de femmes policières, complétées par des audits en situation réelle avec des victimes simulées (« decoy experiments »),réalisés dans 185 commissariats, où des enquêtrices se faisant passer pour des victimes ont évalué la qualité de leur prise en charge.
L’évaluation d’impact a permis de répondre à 3 questions de recherche
- 01Quels sont les effets de l’intervention sur les compétences et comportements des policiers face aux violences de genre?
La formation améliore durablement les connaissances, les compétences et les attitudes des policiers vis à vis des violences liées au genre.
Elle renforce leurs connaissances juridiques et techniques (+0,09 écart-type) et leurs attitudes (+0,10 écart-type). Les policiers formés développent davantage d'empathie et de capacité à adopter le point de vue des victimes (+0,09 écart-type). Ils accordent davantage de crédibilité à leurs déclarations et assument davantage leur responsabilité dans la prise en charge des victimes. Les effets sont particulièrement marqués chez les policiers présentant initialement les attitudes les moins favorables.
- 02Ces changements ont-ils amélioré concrètement la prise en charge des victimes ?
La formation améliore concrètement et dans la durée la qualité de la prise en charge des victimes de violences liées au genre.
Un an après la formation, les enquêtes-leurres ont montré que les policiers rejettent moins souvent les plaintes, en les considérant moins fréquemment comme une perte de temps (−7 points de pourcentage) ou comme de fausses déclarations (−8 points). Ils blâment également moins les victimes (−15 points), posent moins de questions qui tendent à culpabiliser les victimes (−14 points) et les orientent davantage vers les services spécialisés (+7 points), tout en expliquant plus souvent les démarches possibles (+8 points). Ces résultats, observés en situation réelle grâce aux audits réalisés en situation réelle, montrent que les changements induits par la formation perdurent dans les pratiques professionnelles.
- 03Les changements observés contribuent-ils à transformer durablement les normes de genre et les pratiques professionnelles des policiers ?
La formation contribue à améliorer le climat de travail au sein des commissariats en diffusant de nouvelles pratiques professionnelles au-delà des seuls policiers formés.
Huit mois après la formation, les femmes policières affectées dans les commissariats traités déclarent un meilleur climat de travail (−0,39 écart-type) et signalent moins de situations de harcèlement (−0,06 écart-type). Dans les commissariats où une plus grande proportion de policiers a été formée, elles font également état de relations plus positives avec leurs collègues masculins (+0,18 écart-type) et d'une diminution de leur anxiété (−0,42 écart-type). Les analyses montrent en outre que les nouvelles pratiques de prise en charge des victimes se diffusent entre collègues et persistent malgré les mutations des policiers. En faisant évoluer les normes et les comportements au sein des commissariats, la formation renforce la capacité des policiers à accueillir et accompagner les victimes de violences basées sur le genre de manière plus cohérente et plus respectueuse.
Perspectives
Au-delà du seul contexte de la police et des violences liées au genre, cette recherche montre que des formations ciblant les compétences socio-émotionnelles, les attitudes et les normes professionnelles peuvent constituer un levier pour améliorer durablement la qualité de prise en charge des victimes de violences basées sur le genre. Un dialogue a été amorcé avec les institutions locales (Bihar) mais aussi nationales autour du potentiel des résultats et apprentissages issus de l’évaluation d’impact.
Pour aller plus loin
Recherche
Amaral, S., Borker, G., Prakash, N. & Sviatschi, M.M. (2026).
Debiasing Law Enforcement Officers : Evidence from an Expressive Arts Intervention in India.
Working paper. (publication à venir)
Mello-Klein, Cody
Northeastern Global News. 2026
Média
2026.
ABP Bihar, 2024